Un an, l’heure du bilan

3 octobre 2012. Il est environ 13h30, je sors de l’aéroport de Toronto. Quelques minutes plus tôt, j’étais dans le bureau de l’immigration en train de faire valider mon permis vacances-travail (PVT). Pas vraiment stressé d’être refusé à cause d’un document pas en ordre, mais juste un peu, histoire d’avoir le sentiment de vivre une expérience hors du commun, à 6500km de chez moi, de ma famille, de mes amis.

La pluie et la grisaille m’attendent pour mon premier jour dans la Ville Reine. Clairement pas la meilleure façon d’être accueilli au Canada. Certains pourraient même penser que cela augure de mauvaises choses…

Quelques centaines de dollars canadiens en poche, j’abandonne l’idée de prendre le transport en commun pour me rendre vers ma destination inconnue. Je suis trop chargé et la pluie ne va pas faciliter ma tâche. J’opte, du coup, pour un taxi. Évidemment, c’est un Indien, ou un Pakistanais. Il sera mon premier contact avec la multiculturalité de Toronto.

Pendant une quarantaine de minutes, je vois défiler le paysage de Toronto sous mes yeux. L’autoroute, d’abord, grande et large. Pas comme celles qu’on a en France. Bien sûr, ce n’est pas la première fois que je prends l’autoroute au Canada, mais j’ai encore un peu la chance d’être étonné, surpris par des aspects qui sont pourtant le quotidien de 35 millions de personnes. Puis arrivent les grands gratte-ciels de la Ville Reine. Il fait gris, je ne les vois pas tous très bien, mais je souris comme un enfant: je suis content de retrouver cette ville que j’ai vraiment découverte en 2008.

Mon taxi me dépose, finalement, au pied d’une barre d’immeuble trop haute pour en distinguer le sommet. Le plafond nuageux est trop bas. Je rentre, monte à l’étage et frappe à la porte où une personne doit m’attendre. Pas de réponse. J’envoie un sms sur le numéro de téléphone que j’ai. Là encore, pas de réponse. Montée de stress. Je ne me vois pas repartir dehors, avec tous mes sacs, alors qu’il pleut comme pas possible. Puis j’ai déjà versé un acompte, je veux ma chambre! Je suis un peu fatigué, j’en ai marre. Finalement, la porte s’ouvre. Je suis accueilli rapidement par l’hôte chez lequel je resterai 10 jours. Des gens sympathiques, mais pas la meilleure place où j’ai vécu en une année.

Un an. Ce 3 octobre, cela fait exactement un an que je suis arrivé au Canada. Un gros sac, un sac à dos, une sacoche d’appareil photo, une autre remplie de livres, quelques économies et des rêves pleins la tête pour seuls bagages. En clair je suis arrivé avec rien du tout.

Si je fais le bilan aujourd’hui, il est plutôt positif. A l’époque, mon objectif était de profiter du Canada, visiter mais, surtout, obtenir un travail dans mon domaine et parvenir à rester sur le territoire. Mission accomplie.

En réalité, et même si je me plains toujours (je reste un éternel insatisfait), le parcours réalisé pourrait apparaître comme un véritable tour de force. Le seul contact professionnel que j’avais en arrivant était l’Agence France Presse. Bien sûr, c’est une grosse agence, et je savais que le sigle AFP pouvait m’aider. Mais je devais quand même faire mes preuves comme pigiste pour l’agence à Toronto. En fait, j’avais tout à prouver au Canada.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens qui m’ont fait confiance et donné ma chance. Ça a été le cas, au départ, à Choq FM, la radio francophone de Toronto. Je suis tombé au bon endroit au bon moment et j’ai été propulsé, en quelques jours, à la matinale de la radio. C’était du bénévolat, mais cette expérience était nécessaire pour parvenir à aller plus loin dans le système canadien, et très vite on m’a confié des piges pour une émission de radio sur les aînés.

Sauf que ça ne me faisait pas vivre. Je voulais absolument travailler en anglais, alors j’ai cherché du travail. Cela a pris du temps, il a fallu s’adapter aux normes et manières de fonctionner en vigueur au Canada. Finalement, après la période des fêtes, jamais propice aux recherches d’emploi, j’ai décroché un poste plutôt planqué à The Arthritis Society en deux jours. J’ai été embauché parce que j’étais francophone (à ce moment-là, mon calcul pour le choix de Toronto s’est révélé juste). Pas le meilleur boulot au monde, voire même un peu ennuyeux, mais assez lent pour pouvoir me laisser le temps de chercher du travail dans ma branche parallèlement et payé juste ce qu’il fallait pour me faire vivre sans continuer à piocher dans mes économies en euros.

Fin mars, j’ai fait un break d’une semaine environ au Costa Rica. Le but était de voir mon ami Pablo pour son anniversaire, et de profiter d’être sur le continent américain pour visiter son pays. Ces quelques jours étaient géniaux et je m’en souviens encore comme si c’était hier. Mine de rien, chercher du travail et immigrer épuise et ce break m’a permis de me ressourcer.

Finalement, après plusieurs mois de recherches, j’ai obtenu un emploi dans mon domaine et dans une autre province que l’Ontario. Évidemment, j’ai accepté! C’était la chance pour moi de vivre une nouvelle expérience et de pouvoir rester sur le territoire. A l’heure actuelle, et même si c’est sincèrement le travail le plus difficile que j’ai eu à occuper en tant que journaliste, je ne regrette pas ce choix.

A l’arrivée, en l’espace de 7 mois, je suis parvenu à trouver un emploi dans un domaine plutôt sinistré (la presse), dans un pays où j’étais étranger et où j’ai dû tout apprendre. D’après certaines statistiques, les Canadiens mettent 7-8 mois avant de trouver un poste dans leur domaine et les immigrants plusieurs années. J’ai donc eu énormément de chance.

Mais tout cela n’aurait jamais été possible sans les gens que j’ai rencontré et qui m’ont aidé ou soutenu. Il y a, bien sûr, mon amie Lauren et son copain Caleb, qui m’ont accueilli pendant une semaine en octobre, le temps que le logement que j’avais trouvé se libère. Il y a aussi Simon et Estelle, qui m’ont aidé à mon arrivée. Il y a, surtout, mes propriétaires à Toronto. Des Grecs, absolument géniaux, gérant d’un des restaurants les plus populaires de la Ville Reine, qui m’ont nourri pendant quasiment 5 mois! Ils sont d’ailleurs passés dans un article pour Le Parisien, juste avant que je quitte Toronto. Une façon de les remercier, en quelque sorte…

Il y a aussi Sarah, une amie française de Toronto, qui m’a supporté deux fois par semaine pendant plusieurs mois lorsqu’on allait à Saint-Louis pour des wings à 10$ et au restaurant coréen juste à côté de chez nous. Enfin, il y a Michael, un ami de Lyon qui a travaillé avec moi dans la banque et que j’ai retrouvé, plusieurs années plus tard, au Canada. En général, on se voyait les week-end et on se faisait péter le bide lors de brunchs à l’Irish Embassy ou au Sneaky Dees (le resto de mon proprio).

Il y a aussi tous les gens croisés en cours de route, parfois juste le temps d’une soirée, comme Allen et son copain Michel, Chihiro, JiHye, Juliette, les deux Guillaume, Alix, Renée-Claude,  Siméon, Gaëlle, Sabrina, Tonia, Michel, Shenna, Mark, Déborah, Loïc, Touria, Erin, Victoria, Christina, James, Sinead, Audrey, Ilana, Zoé, Joseph, Corbin…

Enfin, il y a évidemment mes parents et ma famille. Je sais que ça n’a pas du tout été facile pour eux, mais ils m’ont laissé partir. Ils s’attendaient à ce que je rentre, mais ils savaient aussi qu’il y avait une très faible probabilité pour que je reste. Je peux avouer aujourd’hui avoir un peu menti à mes grands-parents en leur disant continuellement que je ne partais que pour un an et qu’on se reverrait bientôt. Le but était de rendre moins douloureuse la séparation. Je savais aussi que si j’avais dû rentrer ou si j’avais eu un problème, mes parents étaient derrière moi pour me tirer d’affaire. Le seul regret: qu’ils n’aient pas pu venir cette année. Mais le voyage n’est que repoussé à l’année prochaine!

Au moment d’entamer ma deuxième année, quels sont mes objectifs?

– Survivre à l’hiver winnipégois

– Entamer les démarches pour la résidence permanente

– Me trouver un logement pour moi tout seul

– Continuer à utiliser l’anglais et à améliorer mes compétences linguistiques

– Continuer de visiter ce pays

– M’éclater, toujours!

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